L'Hocine Ukerdis
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Bouzeboudja Noufel : « Notre société est devenue béotienne, elle ne s’intéresse qu’aux choses artificielles et parfois grossières »
mardi 9 mai 2006
Bouzeboudja Noufel (Mourad) est originaire de Tizi Ghenif, département de Tizi Ouzou. Il est licencié en langue Anglaise après avoir été parmi les membres de la première promotion ayant soutenue en arts Dramatiques.
Il a écrit une pièce de théâtre intitulée « The Voice of Truth », dont il a interprété un rôle, il a aussi joué dans la pièce « Richard III » de Shakespeare. À côté de son amour pour le théâtre, Mourad est aussi poète, Kabyle.com l’a rencontré, pour vous, et a eu avec lui l’entretien qui suit :
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Bouzeboudja Noufel (Mourad) Kabyle.com : Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de Kabyle.com ?
Bouzeboudja Noufel : Je m’appelle Bouzeboudja Noufel, les intimes m’appellent Mourad. Je suis licencié en langue Anglaise après avoir été parmi les membres de la première promotion soutenue en arts Dramatiques dans la même langue. Je suis actuellement enseignant au Département d’Anglais de l’Université Mouloud MAMMERI de Tizi Ouzou.
D’après-vous, les gens naissent-ils poètes ou le deviennent-ils ?
La poésie est un don offert à une certaine trempe d’hommes appelés « poètes ». Le poète s’exprime après avoir été touché dans sa pensée et ses sentiments surtout. Je pense que l’on naît poète sans le savoir, puis, sans le savoir aussi, on le devient avec l’âge, le temps et les circonstances qui forgent l’expérience poétique.
Combien de poèmes forment votre répertoire poétique ?
Franchement, on ne peut jamais être précis sur le nombre des poèmes qui forment notre répertoire. Je vous dis pourquoi, parce que je pourrais vous dire 200, 250…et ce en quatre langues : Kabyle, Français, Anglais et Arabe, mais il se peut que lorsque je lirai, d’ici quelques heures, un poème et comme, par hasard, je le jugerai modeste, alors je le déchirerai ; il se peut aussi qu’en rentrant, ou, une fois chez-moi, la muse me ferait don d’un ou de deux poèmes qui s’ajouteront à ce répertoire constamment imprécis. N’est-ce pas ?
Quels sont les thèmes sur lesquels vous aimez écrire ?
Un poète est dit grand observateur, il se penche sur beaucoup de thèmes et sujets, cela dépend toujours de l’idée qui a étreint son cerveau et sa sensibilité. J’écris sur différents thèmes mais je préfère, un tant soit peu, ceux dits universels, épicés par des ingrédients philosophiques et psychédéliques.
Ce qui m’intéresse c’est l’Humain, sa psyché, ses émotions…tout ça, ce sont des sujets qui ne périront jamais malgré le fait qu’ils aient été traités par maintes poètes tels que Shakespeare, Poe, Khalil Jibrane, Rimbaud, Khayyâm, Dib…
Avez-vous déjà édité vos poèmes en recueil ou sur tout autre support ?
Oui. Je viens d’éditer, à compte d’auteur, mon premier recueil de poésie que j’ai intitulé : « Pensées pensantes », où je me suis livré à une sorte d’« intériorisation-extériorisation », d’« expression-exploration », où poésie et pensées se sont mêlées dans la langue de Molière.
Que pouvez-vous nous dire à propos du domaine de l’édition en Algérie ?
Laissez-moi le temps de prendre un grand soupir avant…l’édition en Algérie ! Aujourd’hui tout ce qui est devenu intéressant c’est le gain et la rentabilité, l’édition du livre n’est plus un intérêt culturel, littéraire, pédagogique ou autre, c’est purement commercial.
L’édition reste maigre, et si des personnes osent l’édition, elles doivent le faire -pour les débutants- à compte d’auteur, en subissant tous les maux en séquelle, i.e. (ce qui veut dire, NDLR) en plus d’être auteurs, nous réalisons la saisie et la correction, nous sommes obligés d’être aussi agent de publicité, commerçant, distributeur…les maisons d’éditions n’éditent souvent que pour des auteurs très connus.
La responsabilité n’incombe pas seulement aux maisons d’éditions mais aussi sur l’État qui pouvait et surtout peut mettre en place une stratégie ou, carrément, une industrie du livre. Comment ? En réduisant les taxes sur le livre pour que les gens puissent l’acheter, et pour que l’édition soit beaucoup plus affluente.
Une autre chose très importante aussi, notre société est devenue béotienne, elle ne s’intéresse qu’aux choses artificielles et parfois grossières, ce qui explique tout ça, évidemment.
Où peut-on se procurer votre recueil ?
Je n’ai pas encore fait un bon travail de distributeur… (Rires) Je me contente de faire des ventes dédicaces un peu partout. Je l’ai faite le 17 avril au sein du Département d’Anglais, le 19 avril, à l’Université de Blida, le 1 mai à la Maison de la Culture de Tizi Ouzou, puis je suis invité à pas mal d’autres les prochains jours. Il existe quand même à Tizi Ouzou dans quelques points de vente. Je promets sa disponibilité, dans plusieurs départements, dans les plus brefs délais.
Avez-vous participé à un concours de poésie ?
La première fois remonte à mes années de lycée, c’était en 1997 un festival à Bordj-Bou-Aariridj. J’ai aussi participé à des concours sur Internet. Autrement je pense que je viens de sortir de mon ovo, alors j’essaie d’investir ce terrain, qui est très difficile, step by step (étape par étape, NDLR).
Quels sont vos projets d’avenir que ce soit en poésie ou dans d’autres domaines ?
Je suis entrain de corriger mon premier roman : « Espoir déchu ». Actuellement j’ai un recueil de nouvelles en chantier et un recueil de poésie finalisé : « Galvaudeuses ». Je suis entrain aussi de mettre en scène une pièce que j’ai écrite en langue anglaise : « The Fools » (les ridicules) au sein de l’association « Tussna ».
Quel sera votre mot de la fin, un poème peut-être ?
Ma parole est douce comme une eau,
Rouge comme une colère,
Grave comme un sanglot,
Illusoire comme une chimère.
J’habite,
Là où l’Est et l’Ouest se croisent,
S’embrasent, se choquent et se côtoient,
S’aiment et se perdent.
J’habite,
Là où l’histoire est menacée,
Où l’avenir se dessine mal,
Où les hommes pratiquent la survie.
Pour Kabyle.com – Rédaction de Tizi Ouzou – 08 mai 2006
Entretien et transcription : Djamel BEGGAZ
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